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Médias : pourquoi nous en sommes là ?

Par Jack_3rror :: 01/08/2007 à 16:47 :: Censure

Il y a soixante ans, les Résistants appliquaient leur plan B contre le Parti de la presse et de l'argent (PPA).

Août 1944 : alors que les Alliés, les Résistants et les insurgés parisiens libèrent la capitale, les patrons et les journalistes de la presse collaboratrice détalent sur les pas des soldats allemands. Les équipes des journaux clandestins occupent immédiatement les salles de rédaction vides ; Combat, Défense de la France, Franc-Tireur, Le Populaire, Libération-Nord, Libération, Front national, Le Parisien libéré ou encore L'Humanité utilisent désormais les imprimeries des feuilles qui ciraient jusque-là les bottes nazies. À commencer par la grande presse dite « d' information » de l'entre-deux-guerres (Le Matin, Le Petit Parisien), qui n'a rien à envier aux titres classés à droite depuis leur création (Je suis partout, L'Intransigeant), ou encore aux nouveaux journaux créés pendant l'Occupation (le nouveau Paris-Soir, Les Nouveaux Temps). Albert Camus, dans Combat, dont le sous-titre réclame le passage « De la Résistance à la révolution », résume alors la situation : « Il est des pardons impossibles et de nécessaires révolutions » (21.10.1944).

Épurer la presse ne suffit pas : il faut « en finir avec l'esprit de médiocrité et les puissances d'argent », comme l'affirme le premier éditorial de Combat (1). Alors que la France sort exsangue de la guerre, l'accroissement des contraintes économiques rend nécessaire pour la presse de s'affranchir des mécanismes du marché ; d'où la résolution de la Fédération nationale de la presse clandestine du 7 avril 1944, qui exige « l'expropriation dès les premiers jours de toutes les entreprises de presse et leur dévolution aux organisations de la Résistance ». À ce moment, nul essayiste barbichu ne vient expliquer que « les choses sont plus complexes » ou décréter que la critique radicale des médias est « antidémocratique ».

De l'interdiction de la concentration à l'expropriation
Les solutions préconisées par les Résistants sont simples : puisque la presse aux mains des hommes d'affaires a allégrement collaboré, il faut soustraire les journaux à l'influence des « puissances d'argent » en élaborant un statut spécifique de l'entreprise de presse. Après avoir suspendu toutes les publications ayant obéi aux Allemands et à Vichy, le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) impose aux journaux, dès le 26 août 1944, la publication du nom de leurs actionnaires. De surcroît, il interdit à tout individu de posséder plus d'un quotidien d'information générale et politique tirant à plus de 10 000 exemplaires. Un directeur de publication n'a désormais plus le droit d'exercer conjointement une fonction industrielle ou commerciale « qui constitue la source principale de ses ressources et bénéfices (2)  ».
Il ne s'agit donc pas de punir telle ou telle brebis galeuse ou tondue, mais de faire « table rase » pour créer « Une presse neuve pour une France libre », comme l'annonce l'éditorial du premier numéro du Parisien libéré. À partir du 30 septembre 1944, les biens des journaux de l'Occupation sont réquisitionnés ; l'autorisation de paraître est accordée par le ministre de l'Information en concertation avec les représentants de la presse.

Issus pour beaucoup de la France combattante, les nouveaux dirigeants des médias n'ambitionnent pas d'« aider Coca-Cola à vendre son produit ». Ils n'estiment pas, à l'instar du pauvre directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, Laurent Joffrin, qu'« on n'y peut pas grand-chose sur le plan des structures économiques. [...] Il est logique que le propriétaire fixe une orientation (3) ». Le 9 octobre 1945, la Fédération nationale de la presse française, organisation patronale, adopte au contraire une « charte de la presse » destinée à empêcher le retour « des trusts et des puissances d'argent » qui dominaient jusqu'alors la « presse pourrie ». Ce texte définit la presse comme un « service public ». Il s'accompagne d'un « Projet de déclaration des droits et devoirs de la presse libre » dont les premiers articles proclament : « La presse n'est pas un instrument de profit commercial, mais un instrument de culture ; sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain [art. 1er] [...] La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale, ni des puissances d'argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs [art. 3] (4). »

Pas de nouveau statut, pas de « révolution »...
Si un large consensus existe autour de la nécessité de soustraire la presse à l'influence de l'argent, encore faut-il élaborer une loi empêchant la reconstitution du Parti de la presse et de l'argent (PPA). Les anciens propriétaires des publications interdites par les ordonnances de 1944 ont beau crier à la « spoliation », rien n'y fait : le 11 mars 1946, une loi exproprie la quasi-totalité des journaux parus sous l'Occupation, sans aucune compensation pour les dirigeants coupables de collaboration. Les biens de ces entreprises sont transférés à la Société nationale des entreprises de presse (Snep), administrée par des représentants de l'État et de la profession et chargée de les attribuer à des journaux autorisés. Le 13 mars, le secrétaire d'État à la présidence du Conseil chargé de l'information parle de « révolution » devant l'Assemblée nationale constituante.
Toutes les conditions semblent alors réunies pour que l'information devienne autre chose qu'une marchandise banale. Lorsque l'autorisation de paraître est supprimée, le 28 février 1947, une disposition protège les fondateurs des journaux autorisés contre l'éviction forcée de leur propre entreprise. Cela afin d'éviter que « la liberté [...] ne permette en fait aux financiers de s'emparer des journaux », comme l'explique le rapporteur de la loi.
Toutefois, l'attribution définitive des biens transférés à la Snep (dépourvue de support financier) reste subordonnée au vote d'un nouveau statut de l'entreprise de presse. Or les nombreux projets déposés n'aboutissent pas. La mobilisation populaire s'étiole. Simultanément, les dirigeants et les anciens propriétaires expropriés s'emploient à favoriser un retour au système commercial ordinaire. Tandis que le bruit sourd des patrons qui plastronnent sur la plaine redevient audible, les ouvriers du Livre mènent une grève de près d'un mois. En mars 1947, seules 115 entreprises sur 809 ayant fonctionné sous l'Occupation ont fait l'objet d'un transfert.

Des expériences novatrices voient le jour : au Monde d'Hubert Beuve-Méry, une partie du capital est attribuée à une société spéciale créée par l'ensemble des rédacteurs. Des projets originaux sont mis en chantier : en 1946, la Fédération de la presse propose d'instituer la « société anonyme de presse à participation morale », dont la majorité des actions ne seraient pas productives d'intérêts. Mais la « révolution » de la presse a échoué. Après de longs débats à la commission de la presse de l'Assemblée Nationale, une nouvelle loi est votée le 2 août 1954 : les transferts à la Snep sont arrêtés et les entreprises peuvent acquérir les biens qu'elle gérait jusqu'ici. Il n'est plus question d'un quelconque statut spécifique de l'entreprise de presse. Le Plan B, déterminé à détruire le PPA, entend remédier à ce problème en incitant ses lecteurs à reprendre le mot d'ordre des Résistants : expropriation des entreprises de presse !

Notes :
(1) Cité dans Laurent Martin, La Presse écrite en France au xxe siècle, Paris, Le Livre de poche, 2005.
(2) Cité dans Claude Bellanger, Jacques Godechot, Pierre Guiral, Fernand Terrou, Histoire générale de la presse française, tome iv, « De 1940 à 1958 », PUF, 1975. Sauf mention contraire, les citations suivantes sont tirées de cet ouvrage.
(3) Laurent Joffrin, « Le premier pouvoir », France Culture, 2.10.04.
(4) Publié le 2 novembre 1945. Les auteurs de ce texte étaient Albert Bayet et Claude Bellanger, deux représentants de la presse clandestine.


Le Plan B n°3 (juillet - septembre 2006)

Il y a soixante ans, les Résistants appliquaient leur plan B contre le Parti de la presse et de l'argent (PPA).

Août 1944 : alors que les Alliés, les Résistants et les insurgés parisiens libèrent la capitale, les patrons et les journalistes de la presse collaboratrice détalent sur les pas des soldats allemands. Les équipes des journaux clandestins occupent immédiatement les salles de rédaction vides ; Combat, Défense de la France, Franc-Tireur, Le Populaire, Libération-Nord, Libération, Front national, Le Parisien libéré ou encore L'Humanité utilisent désormais les imprimeries des feuilles qui ciraient jusque-là les bottes nazies. À commencer par la grande presse dite « d' information » de l'entre-deux-guerres (Le Matin, Le Petit Parisien), qui n'a rien à envier aux titres classés à droite depuis leur création (Je suis partout, L'Intransigeant), ou encore aux nouveaux journaux créés pendant l'Occupation (le nouveau Paris-Soir, Les Nouveaux Temps). Albert Camus, dans Combat, dont le sous-titre réclame le passage « De la Résistance à la révolution », résume alors la situation : « Il est des pardons impossibles et de nécessaires révolutions » (21.10.1944).

Épurer la presse ne suffit pas : il faut « en finir avec l'esprit de médiocrité et les puissances d'argent », comme l'affirme le premier éditorial de Combat (1). Alors que la France sort exsangue de la guerre, l'accroissement des contraintes économiques rend nécessaire pour la presse de s'affranchir des mécanismes du marché ; d'où la résolution de la Fédération nationale de la presse clandestine du 7 avril 1944, qui exige « l'expropriation dès les premiers jours de toutes les entreprises de presse et leur dévolution aux organisations de la Résistance ». À ce moment, nul essayiste barbichu ne vient expliquer que « les choses sont plus complexes » ou décréter que la critique radicale des médias est « antidémocratique ».

De l'interdiction de la concentration à l'expropriation
Les solutions préconisées par les Résistants sont simples : puisque la presse aux mains des hommes d'affaires a allégrement collaboré, il faut soustraire les journaux à l'influence des « puissances d'argent » en élaborant un statut spécifique de l'entreprise de presse. Après avoir suspendu toutes les publications ayant obéi aux Allemands et à Vichy, le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) impose aux journaux, dès le 26 août 1944, la publication du nom de leurs actionnaires. De surcroît, il interdit à tout individu de posséder plus d'un quotidien d'information générale et politique tirant à plus de 10 000 exemplaires. Un directeur de publication n'a désormais plus le droit d'exercer conjointement une fonction industrielle ou commerciale « qui constitue la source principale de ses ressources et bénéfices (2)  ».
Il ne s'agit donc pas de punir telle ou telle brebis galeuse ou tondue, mais de faire « table rase » pour créer « Une presse neuve pour une France libre », comme l'annonce l'éditorial du premier numéro du Parisien libéré. À partir du 30 septembre 1944, les biens des journaux de l'Occupation sont réquisitionnés ; l'autorisation de paraître est accordée par le ministre de l'Information en concertation avec les représentants de la presse.

Issus pour beaucoup de la France combattante, les nouveaux dirigeants des médias n'ambitionnent pas d'« aider Coca-Cola à vendre son produit ». Ils n'estiment pas, à l'instar du pauvre directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, Laurent Joffrin, qu'« on n'y peut pas grand-chose sur le plan des structures économiques. [...] Il est logique que le propriétaire fixe une orientation (3) ». Le 9 octobre 1945, la Fédération nationale de la presse française, organisation patronale, adopte au contraire une « charte de la presse » destinée à empêcher le retour « des trusts et des puissances d'argent » qui dominaient jusqu'alors la « presse pourrie ». Ce texte définit la presse comme un « service public ». Il s'accompagne d'un « Projet de déclaration des droits et devoirs de la presse libre » dont les premiers articles proclament : « La presse n'est pas un instrument de profit commercial, mais un instrument de culture ; sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain [art. 1er] [...] La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale, ni des puissances d'argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs [art. 3] (4). »

Pas de nouveau statut, pas de « révolution »...
Si un large consensus existe autour de la nécessité de soustraire la presse à l'influence de l'argent, encore faut-il élaborer une loi empêchant la reconstitution du Parti de la presse et de l'argent (PPA). Les anciens propriétaires des publications interdites par les ordonnances de 1944 ont beau crier à la « spoliation », rien n'y fait : le 11 mars 1946, une loi exproprie la quasi-totalité des journaux parus sous l'Occupation, sans aucune compensation pour les dirigeants coupables de collaboration. Les biens de ces entreprises sont transférés à la Société nationale des entreprises de presse (Snep), administrée par des représentants de l'État et de la profession et chargée de les attribuer à des journaux autorisés. Le 13 mars, le secrétaire d'État à la présidence du Conseil chargé de l'information parle de « révolution » devant l'Assemblée nationale constituante.
Toutes les conditions semblent alors réunies pour que l'information devienne autre chose qu'une marchandise banale. Lorsque l'autorisation de paraître est supprimée, le 28 février 1947, une disposition protège les fondateurs des journaux autorisés contre l'éviction forcée de leur propre entreprise. Cela afin d'éviter que « la liberté [...] ne permette en fait aux financiers de s'emparer des journaux », comme l'explique le rapporteur de la loi.
Toutefois, l'attribution définitive des biens transférés à la Snep (dépourvue de support financier) reste subordonnée au vote d'un nouveau statut de l'entreprise de presse. Or les nombreux projets déposés n'aboutissent pas. La mobilisation populaire s'étiole. Simultanément, les dirigeants et les anciens propriétaires expropriés s'emploient à favoriser un retour au système commercial ordinaire. Tandis que le bruit sourd des patrons qui plastronnent sur la plaine redevient audible, les ouvriers du Livre mènent une grève de près d'un mois. En mars 1947, seules 115 entreprises sur 809 ayant fonctionné sous l'Occupation ont fait l'objet d'un transfert.

Des expériences novatrices voient le jour : au Monde d'Hubert Beuve-Méry, une partie du capital est attribuée à une société spéciale créée par l'ensemble des rédacteurs. Des projets originaux sont mis en chantier : en 1946, la Fédération de la presse propose d'instituer la « société anonyme de presse à participation morale », dont la majorité des actions ne seraient pas productives d'intérêts. Mais la « révolution » de la presse a échoué. Après de longs débats à la commission de la presse de l'Assemblée Nationale, une nouvelle loi est votée le 2 août 1954 : les transferts à la Snep sont arrêtés et les entreprises peuvent acquérir les biens qu'elle gérait jusqu'ici. Il n'est plus question d'un quelconque statut spécifique de l'entreprise de presse. Le Plan B, déterminé à détruire le PPA, entend remédier à ce problème en incitant ses lecteurs à reprendre le mot d'ordre des Résistants : expropriation des entreprises de presse !

Notes :
(1) Cité dans Laurent Martin, La Presse écrite en France au xxe siècle, Paris, Le Livre de poche, 2005.
(2) Cité dans Claude Bellanger, Jacques Godechot, Pierre Guiral, Fernand Terrou, Histoire générale de la presse française, tome iv, « De 1940 à 1958 », PUF, 1975. Sauf mention contraire, les citations suivantes sont tirées de cet ouvrage.
(3) Laurent Joffrin, « Le premier pouvoir », France Culture, 2.10.04.
(4) Publié le 2 novembre 1945. Les auteurs de ce texte étaient Albert Bayet et Claude Bellanger, deux représentants de la presse clandestine.


Le Plan B n°3 (juillet - septembre 2006)

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